L’Age d’Or des Dragons



« L’Age d’Or ? Ce devait être si agréable d’y vivre… Pas de guerre, pas de souffrance… Un monde prospère et de la nourriture en quantité… A voir ce qu’est devenu notre train de vie, on a du mal à ne pas penser que tout cela n’est qu’une fable… »

- Fillis, Dragonne ex-neyronis



Il fut un temps où les problèmes de nourriture, de terres et de rivalités n’étaient absolument pas à l’ordre du jour. En cette époque, les Dragons étaient maîtres d’Elsejerah et développaient leur sagesse et leur connaissance du monde et du Wyrd en toute insouciance. Il s’agit de l’Age d’Or.

Cela faisait depuis la nuit des temps et la création du monde que les Dragons géraient les ressources de la planète. Rien ne semblait menacer la prospérité de la race et celle-ci s'épanouissait sans la moindre contrainte. Immortels, les Dragons avaient alors une moyenne d’âge bien plus élevée que les standards actuels.


L'organisation draconique était alors très spartiate. Les Dragons vivaient en communautés anarchiques, où chaque Dragon ou couple se réunissait régulièrement avec ses voisins et amis pour passer les soirées. Il n'y avait pas de hiérarchie même si parfois les plus vieux Dragons offraient conseil à ceux qui le souhaitaient.

Les Dragons à l'époque étaient attachés à leurs terres, et ne voyageaient que peu, même si certains embrassaient une vie de vagabondage, voguant de communauté en communauté, afin de raconter histoires et contes sur des terres lointaines et exotiques. Ces voyageurs étaient cependant très rares, et les communautés en voyaient rarement plus d'une fois tous les ans.



« grmbll… Quand j’entends parler de cette époque, il n’y a qu’une seule chose qui me vient en tête. Pas de combats, pas d’Humains, rien à faire d’autre que de se regarder les griffes en comptant les nuages… J’imagine avec dégoût à quel point l’ennui devait régner en maître… »

- Exevar, jeune Dragon ex-Maudéan



A cette époque les Humains ne peuplaient pas Elsejerah, ce qui explique pourquoi les Dragons imposaient leur suprématie. Ils jouissaient donc d’une position aisée en haut de la chaîne alimentaire, et cela leur apporta un confort de vie qui s’accompagna bien vite d’une insouciance des plus totales. Mais ce manque d’organisation générale impliquait forcément un manque total de recul sur la situation démographique. La population draconique croissait sans aucun contrôle. Tout ceci amena, au fil des siècles, une situation de surpopulation critique. La famine commença à se montrer, resserrant ses griffes sur la race draconique qui se trouva très vite prise de court.


Mais un Dragon nommé Ashad-Tahr fut plus perspicace que les autres. Il était un puissant reconnu pour sa grande force et sa ruse malgré un âge moyen. Il vivait dans une communauté jeune et houleuse, d'une région dangereuse d'Elsejerah. C'est dans cette région peuplée en majorité de carnivores, que les prémices de la famine furent les premiers ressentis. Mais Ashad l'avait déjà prévue depuis longtemps et il avait mûri un plan qui lui permettrait de régler le problème de la nourriture tout en prenant une place dominante sur l'ensemble de la planète. Il forma un petit groupe de Dragons fidèles à sa cause et attendit son heure. Lorsque les premiers traits irréfutables de la famine arrivèrent, il se mit en marche. Prenant avec lui son groupe, il alla d'une communauté à une autre, proposant aux forts de le rejoindre et tuant ceux qui résistaient ou qui n'étaient pas "dignes de survivre".


C’est à ce moment que débuta la Grande Guerre…











La Grande Guerre



« ....Non, nous parlons là d’une époque où les Dragons se battaient pour leurs idées... C’était une guerre pour savoir quelle orientation donner au futur pour les jeunes générations, et à cette époque, frapper son adversaire ne constituait ni un plaisir ni une fin en soi... »

- Aléol, Dragon baladin



La naissance du conflit



Il est particulièrement ardu de dater précisément le début de la Grande Guerre. Certains penchent pour le premier assaut des Maudéans sur un clan voisin, d’autres pour la première bataille de grande ampleur... Mais tous s’accordent pour dénommer le responsable de celle-ci comme étant Ashad-Tahr.


Ashad-Tahr était un Dragon aux écailles noires qui avait passé sa jeunesse dans un contexte difficile. Né dans un désert nommé les sables maudits, élevé par un groupe qui avait pris le nom de Maudéans en référence à leur lieu d’habitation, il savait plus que tout Dragon la valeur d’une nourriture durement gagnée. Charismatique malgré son jeune âge, intelligent, doué pour la chasse et le combat, il s’était vite fait remarquer parmi les siens et au cours de l’Age d’Or. Il fut désigné comme chef au bout de quelques décennies, s’imposant par son caractère dirigeant et affirmé.


Prenant conscience de ses nouvelles responsabilités, il commença à regarder le monde d’un oeil plus global et se découvrit une passion pour la sociologie. Il se renseignait sur l’état des régions voisines tant que possible, à l’aide de baladins ou en écoutant le Wyrd. Il se consacra totalement à l’évolution du monde et durant plusieurs siècles, il prit connaissance de faits divers par milliers. Pendant ce temps, il laissa son clan vivoter et ses proches le trouvaient de plus en plus distant et froid. A force d’observer la globalité, il prit de moins en moins en considération le cas par cas et certains percevaient un certain dégoût pour les oisifs et ceux avec qui il n’arrivait à rien. En tout cas, cela lui permit d’être l'un des premiers à remarquer le dépeuplement alarmant de bétails sur Elsejerah.


Pour le Dragon noir, une grande famine se préparait et la race draconique fonçait dessus tête baissée. Plutôt que de chercher à prévenir les peuples alentours, il se délecta de l’idée que le monde allait se mettre en grand mouvement sous ses yeux. Il revint alors au coeur de son clan et il se figea lorsqu’il croisa un Dragon qu’il ne connaissait pas et qui mangeait. Il s’agissait d’un jeune Dragon qui avait rejoint le clan depuis une vingtaine d’années, mais comme il n’était pas du genre aventurier, son nom n’avait jamais été entendu par Ashad-Tahr car il ne lui était jamais rien arrivé.


Ce fut une révélation pour le Dragon noir, les oisifs, autrement dit les faibles, mangeaient la viande de ceux qui faisaient bouger le monde et la faute de la famine qui approchait leur incombait fatalement. Il rassembla son clan et déclara qu’une grande famine approchait et que la race draconique allait probablement succomber sous le manque de nourriture. Il expliqua alors avec un rationalisme certain que quitte à laisser mourir les Dragons, autant faire une sélection et laisser vivre ceux qui le méritent vraiment.



La mise en marche de la machine de guerre Maudéane



« Je ne laisserai pas la race s’empâter sous mes yeux sans réagir. Ceux qui sont incapables de trouver de la nourriture n’ont qu’à mourir de faim plutôt que d’affamer ceux qui la méritent. Il est dommage que la situation soit désormais trop critique pour ne pas laisser les choses arriver naturellement, nous rectifierons donc cela nous-même. Que les faibles meurent pour que les forts puissent vivre ! »

- Ashad-Tahr



Les Maudéans acceptèrent rapidement l’idée et l’appliquèrent en leur sein aussitôt, en mettant fin aux jours de ceux qui étaient trop faibles pour se substanter dans ce désert inhospitalier. Ashad-Tahr prit alors un demi siècle pour préparer les Maudéans à la guerre qu’il prévoyait. Lorsque les premiers signes effectifs de la famine se firent entendre, il ordonna à son clan de marcher vers l’ouest en direction des marais.


Les premières conquêtes Maudéanes furent sans le moindre accroc. Certains clans se battirent jusqu’à la mort, d’autres épousèrent les idées Maudéanes et vinrent grossir leurs rangs. Ashad-Tahr était patient et il prenait soin d’éliminer les clans les plus faibles rapidement pour éviter que la nouvelle ne se propage trop vite. Lorsque les premiers échos de la « conquête noire » se firent entendre, un bon quart d’Elsejerah avait déjà été purgé. C’est à ce moment qu’un autre grand nom se fit connaître : Khellendros.


Khellendros est un Dragon aux écailles bleues plus âgé qu’Ashad-Tahr. Il était déjà à la tête d’un clan lorsque Ashad-Tahr poussa son premier grognement. Originaire des forêts de l’Est, Khellendros était un chef paisible et amoureux de la nature. Son clan était réputé pour être un groupe d’étude du Wyrd, et ses relations avec le gardien de la magie Khéarn, étaient alors très poussées. Paternel et très conservateur, il aimait la paix et ne tolérait aucune dispute au sein de son clan.



La fondation des Harros



Lorsque la conquête noire arriva aux oreilles de Khellendros, celui-ci fut tout d’abord surpris par l’événement, et il se tourna vers Khéarn pour lui demander de l’aide afin d’endiguer les combats. La réponse du gardien de la magie fut négative. Les gardiens de la magie n’avaient pas à intervenir dans les querelles politiques et il ne voulait pas s’engager dans un camp ou l’autre. Cela frustra Khellendros qui décida alors de prendre les choses en main lui-même.


Le Dragon bleu alla de clan en clan et utilisa sa renommée pour se faire écouter des autres chefs. Expliquant la menace qui approchait, il n’eut pas de mal à rassembler de nombreux clans dans ce mouvement de résistance. Le groupe, nommé Harros par Khellendros lui-même, se dirigea sans attendre en direction des Maudéans.



« Nous ne pouvons pas laisser une idéologie aussi barbare devenir un mot d’ordre pour les générations futures. Si une famine doit vraiment avoir lieu, nous lui ferons face selon les lois de la nature. Mais nous n’accepterons pas une telle doctrine eugéniste ! »

- Khellendros



Le premier sang



La première confrontation entre Harros et Maudéans fut longue et sanglante. Chaque clan alignait plusieurs millions de Dragons et les plaines du sud épanchèrent le sang d’innombrables guerriers durant le siècle que dura ce premier affrontement. Les Maudéans étaient supérieurs en force pure et en techniques, mais les Harros étaient bien plus nombreux. La fin de la première période fut marquée par un duel entre les deux Grands Dragons. Ashad-Tahr, heureux d’affronter un tel adversaire, surprit son aîné par sa puissance colossale. Malgré tout, le combat tourna en faveur de Khellendros en raison de sa maîtrise du Wyrd qui surclassait de loin celle d’Ashad-Tahr.


Khellendros blessa gravement son adversaire à l’oeil et fit ainsi reculer les Maudéans. Pensant la victoire acquise, il ne donna pas l’ordre de poursuivre, persuadé que la leçon avait été donnée. Il ne voulait de toute manière pas risquer la vie de plus de Dragons. Ashad-Tahr refusa de guérir son oeil et jura sur sa blessure de se venger un jour. A ce jour, les Maudéans rirent de la pathétique pitié des Harros, et commencèrent alors à faire l'amalgame entre Harros et la faiblesse. Si bien que chemin faisant, Harros devint synonyme de "faible" d'un point de vue étymologique.



L’accalmie



De nombreux Dragons furent dégoûtés des sacrifices que la guerre entraîna, surtout en comparaison à l'Age d’Or. Ces Dragons quittèrent les clans et vagabondèrent avant de trouver un point de ralliement dans les plaines du sud, où résidait alors le Gardien de la Magie. Cet attroupement fut nommé « les Neutres » et rassemblait ceux qui ne souhaitaient pas ou plus prendre part au conflit.


Désormais surnommé « Le Borgne » Ashad-Tahr tira les leçons de son échec et étudia le Wyrd avec acharnement durant de nombreuses années. Sentant que la guerre durerait probablement longtemps, il ouvrit de nombreuses portes vers des plans parallèles dans les marais et y réfugia son clan. Il en ouvrit une autre pour lui vers un plan hostile nommé Algarrath pour s’y entraîner de plus belle.


Profitant de ce moment de pause, Khellendros ouvrit à son tour des portails pour permettre à ses troupes de se reposer à l’abri et d’assurer leur réincarnation. Au fil des recherches, ils finirent par ouvrir un plan menant à une terre dévastée à l'odeur sinistre.


L'équipe d'exploration désignée fut soudainement attaquée par un monstre inconnu et massacrée en un rien de temps. Nommée Zyram-Guur, la créature profita de la brèche pour apparaître sur Elsejerah. Un combat s'engagea et il fallut l'aide conjointe de Khellendros, de Khéarn et de nombreux Dragons pour parvenir à sceller la créature dans une prison naturelle. Mis en garde par le gardien de la magie, Khellendros décida de stopper là sa quête de plans, se contentant de ceux déjà ouverts.


Dans son plan, Ashad mit au point un sortilège de grande puissance, destiné à éradiquer définitivement les Harros et leur Grand Dragon. Il trouva un moyen de rendre « malade » le Wyrd d’une zone et le rendre mortel à toute créature vivante se trouvant dedans. Prenant l’apparence d’une brume pourpre et malsaine, le Wyrd devint ainsi inutilisable et faisait dépérir l’âme de quiconque se trouvait en contact avec lui. Nommant son sort « Brume maudite », il le perfectionna et sitôt prêt, ordonna à ses guerriers de sortir des plans.



Les Brumes



« Il ne faut pas beaucoup de temps à la Brume pour dévorer ton esprit. Si tu te perds dedans, ton âme est avalée par le Wyrd sombre et tu deviens un monstre à peine connaissable... Enfin... c’est ce que j’ai entendu dire... »

- Kaleena, Dragonne Neutre



Ordonnant à ses troupes de marcher contre les Harros, un nouveau conflit de grande ampleur éclata. Très tôt, Ashad-Tahr mis son plan à exécution et, rassemblant plusieurs mages pour le soutenir, lança le rituel de Brume maudite. Khéarn fut immédiatement alarmé par cet afflux anormal d'énergie malsaine et se téléporta au milieu du conflit, laissant Eldenser derrière lui sans lui donner d'explications. Il arriva cependant trop tard pour empêcher le lancement du sort et les Brumes commencèrent à se répandre au milieu des rangs Harros, tuant tout sur son passage. Khellendros opposa alors sa magie au terrifiant rituel mais cela ne fit que faire perdre le contrôle du rituel à Ashad.


C'est là tout ce dont les Dragons peuvent se souvenir, car une onde de choc alors inégalée s'ensuivit, assommant la totalité des présents. Lorsque les premiers se réveillèrent quelques heures plus tard, les Brumes avaient été repoussées sur les bordures extérieures d'Elsejerah et près de la moitié des Dragons d'un clan comme de l'autre avaient disparus. Eldenser, alors sur place, confia que c'est lui qui avait repoussé les brumes et qu'il était désormais le nouveau Gardien de la magie, Khéarn s'étant sacrifié pour contenir les dégâts subis par le Wyrd.


Le second conflit de la Grande Guerre s‘arrêta donc aussi vite qu’il commença par une retraite contrainte des deux clans dans leur région natale. La guerre contre les Maudéans reprit cependant peu après, mais avec une intensité moindre, et il s’ensuivit une longue série d’escarmouches qui s‘étala sur plusieurs siècles, aucun clan n’arrivant à prendre le dessus sur l’autre.



La trahison d’Hermorrhage et la fin de la Grande Guerre.



Durant ce temps, un troisième Grand Dragon émergea des terres Neutres. Nommé Hermorrhage, ancien Maudéan ayant quitté le clan après la première défaite d'Ashad-Tahr, il était un Dragon incroyablement doué pour manier le Wyrd et avait suivi les enseignements d’Eldenser durant les longues années de conflit que constitua la Grande Guerre. Il était si doué qu’Eldenser lui proposa de devenir son apprenti pour lui succéder au besoin au titre de gardien de la magie, mais il refusa, préférant suivre sa propre voie. Lorsque les Brumes arrivèrent sur Elsejerah, il prit conscience du danger que commençait à représenter les Grands Dragons et décida d’agir.


Hermorrhage alla tout d’abord voir Khellendros et lui proposa son aide dans le but de vaincre Ashad-Tahr, lui proposant d’enfermer celui-ci dans un plan sans sortie grâce à un sort de sa conception. Khellendros fut tout d’abord réticent à l’idée d’accepter l’aide du disciple du gardien de la magie, qui lui avait autrefois tourné le dos, mais il finit par accepter, ne pouvant de toute manière pas refuser une telle offre.


Khellendros et Hermorrhage laissèrent le front Harros perdre son souffle pour faire croire à Ashad-Tahr que la victoire était proche et lui faire baisser sa garde. Lorsqu’il se présenta en face du Dragon bleu, Hermorrhage déclencha son sort à l’aide de plusieurs Dragons mages qui étaient venus l’assister pour mettre un terme au conflit. Pris par surprise, Ashad-Tahr fut emprisonné sans aucun moyen de sortir. Convaincu de sa victoire, Khellendros se relâcha à son tour, ce qui offrit l’opportunité à Hermorrhage de modifier la destination de son sort et de le refermer sur le Grand Dragon Harros, qui fut à son tour prisonnier d’un autre plan.


Fous de rage, les Harros et les Maudéans se retournèrent contre Hermorrhage qui s’éclipsa. Désorientés, les deux clans recommencèrent à se battre, mais sans chef, le conflit tourna vite au pugilat déstructuré. Le Wyrd fut grandement endommagé par cette succession de rituels et plongea les Dragons dans un sommeil dont ils ne pouvaient s’extraire seuls.

Ainsi s’acheva la Grande Guerre, ainsi que la domination des Dragons sur Elsejerah pendant plusieurs dizaines de milliers d’années, durant lesquelles la nature reprit son plein droit jusqu’à l’apparition d’une nouvelle race intelligente: les Humains.



Le Réveil vu par les Dragons



L’ Echo



Qu’il est bon de sentir à nouveau en soi l’énergie de toute vie… Combien de temps suis-je resté ainsi inconscient ? Le monde me semble si changé…

- Alerion, premier éveillé



Le premier Dragon à s’être éveillé était un Dragon rouge au corps chétif mais à l'esprit puissant qui appartenait au clan des Harros durant la Grande Guerre. Il fut tiré de sa torpeur par un écho léger, semblable à un long appel, tel le murmure d’une voix qu’il n’avait pu entendre depuis une éternité. Douloureusement, il se mit à refaire fonctionner des muscles qui étaient restés inactifs pendant plusieurs milliers d’années. Il lui fallu près d’un an avant d’avoir suffisamment émergé pour entamer son extraction des profondeurs de la terre et de sédiments qui l’avaient enfoui.


C’est les yeux éblouis par le soleil et les naseaux délivrés de la poussière qu’il observa incrédule le paysage verdoyant qui se découvrait à lui. La mémoire embrouillée, seule une faim insupportable le guidait à ce moment. Il erra quelques temps comme une bête sauvage, humant la moindre odeur, écoutant le moindre bruit pouvant trahir la présence d’une proie qui pourrait soulager sa douleur. Dans les montagnes, nommées "Cols Venteux" par les Humains, où il s’était éveillé, ne se trouvait que du petit gibier, trop mince pour calmer sa faim et trop vif pour permettre à ses muscles épuisés de l’attraper. C’est alors qu’une créature bipède à l’odeur ne lui rappelant rien mais au fumet incontestable se présenta devant lui. La première rencontre entre un Humain et un Dragon se termina rapidement, le Dragon abattant l’homme apeuré d’un coup sec de la patte. Une fois repu, il se replia dans la grotte dont il s’était extrait, reposant son corps endolori, laissant son estomac digérer son premier repas depuis plus de vingt mille ans.


Alerion… Son propre nom revint au Dragon plus d’une semaine plus tard après son retour à l’air libre. Son esprit jusque là réduit à l’état sauvage recommença à réfléchir, et petit à petit la mémoire lui revint. La grande guerre, l’enfermement des Grands Dragons et la fin de celle-ci. Elsejerah… Il observait maintenant le monde d’un œil comparatif et il fut heureux de le découvrir plus beau que jamais, tel qu’il était au temps de l’Age d’Or. Il retrouva l’usage de sa magie et l’usa pour améliorer son espace vital. Il s’étonna également de découvrir que ce qui avait été ses mets de choix jusqu’ici était une race qui n’était pas là à son époque. Il observa le tas d’ossement qui trônait dans un coin de sa grotte avec curiosité puis décida de partir observer cette nouvelle race. Il s’envola alors vers l’Ouest, décidé à l’étudier. A cause de cela cependant, il ne pu remarquer l’arrivée d’un autre Dragon qui s’était réveillé, appelé par la magie du premier.



La Traque



« C’est incroyable ce que le gibier peut avoir évolué durant mon sommeil… il en deviendrait presque aussi intéressant à chasser qu’un Dragon… dommage qu’il soit si faible…»

- Valfar, victorieux devant le cadavre d’Irina Divimietrov



Le second Dragon était un Dragon bleu, ancien Maudéan qui s’était réveillé peu après Alerion. Il s’était levé dans les marais de l’Ouest, où le gros gibier n’était pas rare. Cela lui avait, pour sa part, épargné la nécessité de connaître le goût de l'Humain. Il en avait certes remarqués quelques uns lors de ses balades, mais ne s’en était pas plus préoccupé que cela. Lui aussi seul, Valfar, car tel était son nom, s’inquiétait plus de savoir si la guerre avait continuée sans lui que de remarquer la fertilité retrouvée d’Elsejerah. Par conséquent, lorsqu'Alerion se remit à faire usage de sa magie, le Maudéan le sentit immédiatement et décida de partir de la jungle pour enquêter sur cette mystérieuse émanation.


A son arrivée, il découvrit une grotte façonnée, signe indiscutable du passage d’un Dragon. Mais il eut beau attendre, nul confrère de race ne se présentât. A la place d’un Dragon, c’est un étrange objet de couleur rouge, composé de plusieurs bâtonnets reliés par une même mèche, son sommet crépitant d’étincelles qui vint se présenter à lui. Intrigué par cette chose qu’il ne connaissait pas, Valfar s’en approcha. Il eut juste le temps de protéger sa tête par un réflexe lorsque le paquet de dynamite explosa. Sortant de la grotte comme un fou furieux, l’aile blessée et le corps brûlé, il chercha autour de lui la source de cette agression vraisemblablement magique. Il ravisa son jugement aussitôt, percutant qu’il n’avait pu sentir aucune concentration de Wyrd durant l’attaque.


Il mit ses sens en éveil, mais il n’y avait rien d’autre que du gibier autour de lui… Six créatures bipèdes étaient massées à moins d’une lieue de là, mais pour Valfar, il était impossible que l’attaque vienne d’eux. Puis un petit morceau de métal, propulsé à grande vitesse, vint le percuter et rebondir contre une écaille de son front, lui occasionnant une vive douleur. Regardant dans la direction du projectile, il pu estimer que la source de cette nouvelle attaque se trouvait plus au sud à environ deux lieues. Il déploya ses ailes meurtries et rejoignit en quelques battements son agresseur, qui s’avéra être également une femelle de ces créatures. Elle se mit à hurler et tenta de s’enfuir mais Valfar ne lui laissa pas cette opportunité et abattit sa patte sur sa tête, la tuant sur le coup.


Il prit alors le temps d’examiner attentivement sa proie, et huma la même odeur soufrée, qu'il avait remarqué sur le projectile qui l’avait percuté, venant d’une étrange pièce de fer dont le bout fumait encore. Il en conclut donc que ces proies possédaient la faculté de tirer du métal à de longues distances, pouvant probablement percer les écailles des Dragons les plus frêles. Il leva alors le museau, décidé à retrouver le groupe aperçu précédemment, mais il avait disparu de son champ de détection. Pestant sur son manque de réactivité, il retourna dans la grotte où avait eu lieu l’explosion, et n’eut aucun doute sur le fait que l’odeur qui régnait maintenant dans la grotte était plus forte mais de même nature que celle de la pièce de métal. Epuisé, il se coucha sur le flanc et se reposa, laissant ses plaies guérir naturellement, guettant en permanence l’arrivée de ses proies.


Celles-ci ne firent parler d’elles que quelques jours plus tard, alors que Valfar était parti chercher de quoi manger. Il sentit l’odeur d’une de ces créatures et, sans réfléchir, fonça vers elle à grande vitesse. Trop focalisé sur sa cible, il ne remarqua pas le piège qui se referma sur lui et il se fracassa la tête contre les barreaux de la cage de métal qui venait de se replier sur lui. Il se débattit violemment mais les barreaux épais tinrent bon. Il eut cependant la satisfaction de pouvoir calciner l’une des créatures qui fit l’erreur de s’approcher trop près de lui, la réduisant à l’état de cadavre noirci en quelques secondes sous son souffle ardent. Les autres reculèrent aussitôt en criant, restant à bonne distance. Durant sa courte captivité, il observa ses proies qui, de fait, étaient désormais ses geôliers. Au fur et à mesure, remarquant les différents objets et dispositifs dont se servaient les Humains, une révélation qui lui était jusque là invraisemblable le frappa de plein fouet : les Dragons n’étaient plus les seules créatures d’Elsejerah à posséder une conscience évoluée…


Décidé à se sortir de sa prison, Valfar concentra son énergie et appela le Wyrd pour augmenter la puissance de son souffle. Crachant des flammes devenues blanches tant leur chaleur était élevée, il fit fondre les barreaux de la prison et sortit de sa cage tel une bête en furie. En un instant deux hommes qui se trouvaient non loin furent décapités et le troisième fut littéralement désintégré par ses flammes blanches. Il remarqua deux créatures au loin, qui se hâtaient d'entrer dans un grand caisson de métal qui s’éloignait à grande vitesse. Rapide, mais malgré tout bien trop lent pour un Dragon. Il s’apprêta à les prendre en chasse lorsqu’une sensation bien connue l’envahit subitement. Il venait de se faire toucher par un projectile de Wyrd, lancé par Alérion qui venait de revenir de son voyage.



Face à Face



« - Mais que veux-tu ? Relancer la Grande Guerre alors qu’elle n’a plus raison d’être ?

- Raison ? Tant qu’un seul Harros respirera, j’aurais toutes les raisons qu’il me faut pour le pourchasser…

- C’est de la folie pure…

- Ho ? Parce que tu vas me dire qu’un combattant de ta trempe ne se réjouit pas de la reprise des combats ?

- …. »

Alérion et Valfar, entre deux assauts



Après plusieurs millénaires, un Harros et un Maudéan se retrouvèrent en vis à vis. Alérion se posa avec agilité, toisant Valfar de ses yeux pourpres, sur ses gardes et les sens en alerte. Le Dragon bleu fit claquer violemment sa queue sur le sol, trépignant d’impatience de retrouver un de ses anciens ennemis. A cet instant, les Humains étaient sortis de son esprit. Il était désormais à nouveau sur l’un des champs de bataille de la grande guerre, où une seule règle régnait : tuer ou être tué. Sans plus de présentations, il s’élança sur son ennemi d’antan et un combat faisant écho à la grande guerre débuta.


Pour un Harros, Alérion était fort. Là où Valfar excellait avec ses griffes et sa mâchoire, il excellait dans la maîtrise de la magie. Chaque assaut était rendu à l’identique, chaque coup de griffe entraînait une décharge psychique ou une gerbe de flammes. Les deux protagonistes étaient si proches en technique et en puissance qu’après environ une heure de combat, les deux adversaires se séparèrent, convenant qu’il leur était impossible de se départager. Il parlèrent et échangèrent leurs points de vue sur la nouvelle situation, et finalement, se mirent d’accord sur une trêve le temps d’attendre le réveil d’autres Dragons.


Durant un peu plus d’un an, un petit calme revint. Plusieurs Dragons se réveillèrent les uns après les autres, et Alérion s’occupa de laisser des messages télépathiques pour les rassembler dans les Cols Venteux et leurs environs. Maudéans et Harros cohabitèrent tant bien que mal, ayant établi leurs grottes chacun d’un coté de la montagne. Alérion avait plusieurs fois demandé que l’on ne chasse pas les Humains, mais Valfar encourageait dans son dos les siens à s’en repaître avec joie. De ce fait, même si les Humains se faisaient de plus ne plus rare dans les Cols Venteux, plusieurs finirent dans l’estomac de Dragons affamés.

Les humeurs s’échauffèrent de plus en plus entre les deux clans et la raison en était les Humains. Les Harros proposaient de tenter d’établir le contact avec eux pour pouvoir apprendre plus facilement de cette nouvelle race et de leur origine, Alors que les Maudéans énonçaient l’inutilité de ces faibles créatures, en dehors de leurs qualités gustatives. Alérion faisait son possible pour apaiser les tensions et limiter les débats car il savait bien qu’il ne faudrait pas grand chose pour que les Maudéans, à nouveau nombreux, ne se décident à relancer la Grande Guerre.


Un jour cependant, le désaccord pris une ampleur trop grande et un combat éclata, entraînant la totalité des deux clans dans le sang. Alérion parvint à stopper le combat en déclenchant une violente tornade au beau milieu de la mêlée, ce qui lui laissa le temps de faire un marché, et il se proposa pour aller rencontrer les Humains. Si le contact se passait bien et qu’il parvenait à apporter la preuve de leur potentiel, les Maudéans stopperaient les agressions et lui laisseraient le temps d’en découvrir plus sur eux. Dans le cas inverse, il accepterait les rafles et les Harros ne s’y opposeraient plus. Valfar accepta et Alérion s’envola vers le sud en quête d’un groupe d’Humains. Il parvint à en trouver un, étrangement proche des Cols Venteux. Le grand troupeau d’Humains approchait des camps à faible vitesse, et le Dragon rouge se décida à aller à leur rencontre. Il comprit son erreur un peu tard, lorsqu’une roquette humaine vint lui perforer l’aile tandis que plusieurs autres projectiles lui arrachèrent de nombreux morceaux de chair, le transformant rapidement en un amas sanguinolent et agonisant qui s’écrasa lourdement au sol.






Bain de sang



« Voilà où cela mène de suivre des utopies. Regardez cet incapable qui se traîne devant vous… Il était un grand magicien, un combattant de valeur, et uniquement à cause de ses mauvais choix, il se retrouve à ramper pitoyablement devant nous. Reconnaissez l’ignorance et la faiblesse d’une vie qui aurait pu être longue, et qui va se terminer ici et maintenant. »

- Valfar, juste avant la mise à mort d’Alérion



L’attaque inattendue qu’il reçut choqua profondément Alérion. Il savait que les Humains avaient probablement de nombreuses raisons de frapper sans se poser de question, mais la puissance dont ils avaient fait preuve avait totalement changé son point de vue à leur égard. Les Humains étaient dangereux pour les Dragons, trop dangereux pour être laissés en liberté. Il hurla lugubrement en direction du ciel, exhortant les Dragons à venir combattre. Dans un dernier souffle, il laissa son corps succomber à ses trop nombreuses blessures et se laissa bercer dans le Wyrd en attendant sa résurrection.


Valfar jubilait de son coté, plus rien de s’opposait désormais au massacre des Humains et les Harros allaient même les y aider. Lorsqu’il sentit Alérion se réincarner au fond de sa grotte, il alla le chercher alors qu’il était encore faible et il le jeta à terre devant l’ensemble des Dragons. Entamant un long monologue sur les conséquences de la pitoyable façon de penser des Harros, il écrasa Alérion sous le poids de ses mots assassins. Une fois fini, il attrapa la tête du mage et planta violemment ses griffes dans sa gorge, extirpant la vie du Dragon rouge qui s’étala devant lui, alors que même le Wyrd ne pouvait plus le sauver.


L’exécution publique de leur chef acheva la faible résolution des Harros. Pliés à la volonté des Maudéans, ils accompagnèrent ceux-ci face à l’armée humaine qui avançait vers le nord. L’assaut fut lancé dès les rangs ennemis en vue. La force de frappe draconique fit une brillante démonstration de puissance. Même les Harros avaient pour la plupart vécu plusieurs années de combats et de guerre et leurs stratégies étaient bien rodées, même contre un adversaire inconnu. Les mages envoyaient éclairs et tempêtes de flammes sur les blindés ennemis tandis que les guerriers fauchaient plusieurs Humains à chacun de leurs passages. Les armes humaines étaient puissantes mais peu précises et il ne fallut pas longtemps aux Dragons avant de faire peser cet avantage au point de les écraser.

Le bain de sang auquel se livrèrent les Dragons fut une véritable image de cauchemar. Désorganisés, effrayés, leurs armes inefficaces n’amélioraient pas leur condition. Le sang des deux milles Humains présents recouvrit la plaine entière au fur et à mesure que les cris s’estompèrent après quelques gargouillis gutturaux. Lorsque le dernier Humain tomba, la nuit avait terminé de recouvrir le monde comme pour offrir un deuil à toutes les âmes qui avaient été éteintes en l’espace de quelques heures.



La purge



Après le massacre des Humains, les Dragons s’offrirent une journée de pause sans se préoccuper de leurs différences de clan, et ce n’est que le lendemain que les débats reprirent. Les Harros étaient pour la plupart en désaccord avec l’idée de continuer la purge des Humains, mais ne le faisaient pas savoir. En effet, ils avaient peur que celle ci ne se détourne sur eux, et sans Khellendros, ils étaient incertains de la tournure de la guerre si elle devait reprendre. De village en village, de ville en ville, l’escadron composé de centaines de Dragons se mit à massacrer et dévorer tous les Humains qu’il croisait.


Durant plusieurs années, la purge continua sans fléchir si bien que la population humaine sur Elsejerah chutait dramatiquement. Le nombre de Dragons croissait d’autant que d’autres s’éveillaient au fur et à mesure. Valfar s’étonnait de voir que plus ils descendaient vers le sud, moins les Humains étaient nombreux. Les grands amas de béton où les Humains semblaient se regrouper étaient parfois vides avant même que les Dragons n’arrivent. Il avait beau sonder le Wyrd, il ne parvenait pas à en dénicher la présence. Finalement, la purge cessa lentement faute de proies à chasser, et durant un long moment, ils n’entendirent plus parler de la race humaine.


Satisfait de sa victoire éclatante, Valfar rassembla ses comparses, pour faire un grand discours comme il aimait les faire. Proclamant la victoire totale de la race des Dragons, il mena sournoisement le discours sur le fait que maintenant que la vermine humaine avait été éradiquée, ils ne devaient pas se reposer sur leurs lauriers car leurs anciens ennemis, les Harros, étaient toujours en vie. Il ne fallut pas longtemps au Maudéan pour convaincre ses pairs, et les Dragons se tournèrent les uns contre les autres une fois de plus.


La première bataille fut sanglante mais peu meurtrière car les Harros s’enfuirent et se dispersèrent pour la plupart avant d’être abattus. S’enfuyant vers leurs anciennes terres de l’Est, ils retrouvèrent les anciens portails enfouis comme ils l’avaient été eux-mêmes par des millénaires de sédiments, et les réactivèrent en concentrant la magie de plusieurs Dragons. Ils s’enfuirent ensuite dans leurs anciens plans où le terrain était à leur avantage. Les Maudéans ne tombèrent pas dans le piège et se contentèrent de retourner vers leurs propres terres dans l’Ouest.



Les Défendeurs et le retour des Grands Dragons



La Guerre recommença à un rythme plus tamisé, se contentant de quelques tentatives d’invasion facilement repoussées. Les Maudéans se repeuplaient lentement alors que l’ancien avantage numérique des Harros se confirmait au fur et à mesure du réveil massif des Dragons.

Conscients qu’ils devaient commencer à réfléchir sur une autre façon de mener leur campagne, les Maudéans cessèrent leurs attaques pour chercher un moyen de briser l’enfermement de leur ancien et unique maître : Ashad-Tahr. Avec sa puissance, ils étaient certains de pouvoir vaincre, mais même leurs plus puissants mages étaient incapables d’ouvrir une porte pour le libérer… Toutes ces considérations devinrent bien vite secondaires lorsque quelque chose que les Dragons pensaient impossible arriva. Une poignée d’Humains avait réussi à balayer un escadron entier de Dragons à l’extrémité Sud d’Elsejerah.


L’escadron en question était un groupe de chasse Maudéan mené par Valfar qui avait été envoyé en direction du Sud pour ramener de la nourriture pour le clan. Ils avaient croisé des créatures qui faisaient bien penser à des Humains, et Valfar avait décidé de les ramener comme trophées, mais le combat n'avait pas été tel qu'il l'imaginait. D’après leur compte-rendu, ces Humains étaient capables de voler avec une agilité égale aux Dragons, et leurs armes étranges étaient parvenues à les surclasser sans peine. Valfar s’était laissé entraîner par sa soif de sang et avait usé ses faibles ressources magiques pour les contrer. Mais même si ses efforts avaient abattu deux d’entre eux, il fut décapité par un retour de lame de celui qui semblait être leur chef. Dans l’impossibilité de se réincarner, Valfar avait rendu là son dernier soupir.


Une autre particularité de ces nouveaux Humains était que les Dragons pouvaient comprendre leurs communications, et les Humains semblaient entendre les leurs. La situation n'apporta pas beaucoup d'information sur leurs nouveaux ennemis, à part leur nom. Ils semblaient se faire appeler "Défendeurs", et leur chef, l'assassin de Valfar, se nommait Aethius.


Les Maudéans convinrent de prendre le temps d’étudier cette nouvelle menace, et c’est au cours de la même année qu’un afflux magique de grande ampleur se fit ressentir dans le centre des terres. Sans conteste, cette puissance était celle d’un Grand Dragon, et ils surent alors qu’Hermorrhage, le parjure, s’était à son tour éveillé. Les Maudéans ne perdirent pas de temps pour envoyer un groupe à la rencontre du Grand Dragon et l’informer de cette nouvelle menace. Dans un premier temps il refusa de porter secours aux Maudéans, sous-estimant lui aussi la puissance des Défendeurs. Ce n’est que lorsqu’une attaque simultanée des Harros par le nord et des Défendeurs par le Sud se déclara qu'il convint de la réelle menace que représentait la race humaine.


La vision de ce combat qui entraîna la destruction de la porte la plus au Sud des Maudéans fit changer le Grand Dragon neutre d’avis et il accepta finalement d’apporter son aide. Il entama un rituel non loin des combats et au terme de celui-ci, la silhouette massive du Grand Dragon noir posa à nouveau ses pattes sur la terre d’Elsejerah. Ashad-Tahr, malgré toute sa puissance, était aveuglé par sa haine et sa rage d’avoir passé plusieurs millénaires enfermé dans un plan. Il déferla sur le champ de bataille comme la mort elle même, abattant à chaque coup de griffe aussi bien ses ennemis que ses anciens disciples. Il se retrouva alors nez à nez avec le chef des Défendeurs, celui-là même qui avait détruit la porte et abattu Valfar, Aethius.


La puissance brute du grand Dragon ne pouvait être égalée, mais sa rage le faisait agir comme une bête sauvage prévisible et le bataillon défendeur parvint tout de même à le mettre à bas. La réincarnation permit à Ashad-Tahr de retrouver ses esprits, et lorsqu’il refit surface moins d’une demi-journée plus tard, il fit démonstration de la force qui était vraiment la sienne. Il brisa le corps d’Aethius sans peine ainsi que ceux des autres Défendeurs, avant de massacrer les Harros qui attaquaient par le Nord. Les Maudéans acclamèrent et fêtèrent le retour de leur mentor dans le sang de leurs ennemis.


Pour les Harros, la nouvelle du retour d’Ashad-Tahr planta un vif coup de surin dans leur espoir retrouvé. Ils ne pouvaient pas lutter contre un Grand Dragon sans le leur, mais ils ne voulaient pas faire appel à Hermorrhage qui les avait autrefois trahis. Ils n’eurent cependant pas à se résigner car le salut arriva sous la forme du Gardien de la Magie, qui était présent sur Elsejerah depuis plusieurs années déjà, mais qui était resté camouflé pour ne pas être pris à parti. Le retour d’Ashad-tahr l’avait forcé à sortir de l’ombre, l’équilibre ayant été rompu.


Eldenser organisa à son tour un rituel pour ouvrir un passage vers le plan-prison de Khellendros, mais Ashad-Tahr, qui voyait d’un assez mauvais œil le retour potentiel de son ancienne Némésis, déclencha une attaque générale pour empêcher le rituel de s’achever. Ils arrivèrent cependant trop tard, et à son tour, Khellendros foula le sol d’Elsejerah. Il laissa sa puissante magie déferler sur les rangs Maudéans et l’assaut fut brisé en un rien de temps. A nouveau, les Dragons étaient menés par leurs chefs respectifs et la guerre allait reprendre comme des millénaires auparavant, avec cependant un nouveau grain de sable qui espérait bien faire peser sa voix : les Humains.
















































Traité sur les Dragons





Généralités



Les Dragons sont des animaux ovipares à sang chaud. Ils ont 6 membres : de puissantes pattes postérieures, des pattes antérieures plus agiles leur permettant de se battre et de soutenir éventuellement leur poids, et des ailes.


Un Dragon nouveau-né mesure environ 1m au garrot, et fait entre 2m et 2.50m de la tête à la queue. La taille d’un Dragon adulte est en général entre 2.50m et 3m au garrot, soit en moyenne, de 5 mètres du bout de la queue au museau. Le poids d’un adulte environne la tonne.


Il faut cependant signaler que la morphologie des Dragons est tellement différente d'un individu à l'autre que ces valeurs sont à prendre avec précautions.


Le corps des Dragons est couvert d’écailles, leur couleur varie énormément de l'un à l’autre, du noir le plus profond au blanc le plus pur. Il n’est de plus par rare qu’un Dragon ait plusieurs couleurs d’écailles sur les différentes parties de son corps.


Les Dragons ont assis leur domination sur Eljeserah avant l’arrivée des Humains par leur intelligence supérieure à celle de toute autre race (à moins qu’ils aient dans des temps immémoriaux exterminés d’autres espèces de ce type) et par leur maîtrise du Wyrd, véritable ciment d’Eljeserah. Tout Dragon quel qu’il soit est donc ce qu’on pourrait appeler un magicien. Cette maîtrise leur apporte de nombreuses capacités que nous détaillerons plus tard mais entraîne chez eux une dépense énergétique importante.










Les écailles





Le corps du Dragon est complètement couvert d'écailles dures et brillantes. Habituellement, le Dragon a des écailles plus fines sous le cou et le ventre.


Elles sont pentagonales, et formées comme une goutte d'eau, avec deux longs côtés et deux plus courts, et un cinquième côté très court attaché à la peau.


La partie intérieure se compose de formation velue compacte fermement enracinée dans l'épiderme. Sur le follicule de cheveux il y a quelques glandes minuscules qui sécrètent une substance qui adhère fermement à la peau. Cette substance est riche en minerais, et elle détermine la dureté et la couleur des écailles du Dragon. La surface externe a une texture cornée et translucide, qui donne aux écailles leur lustre habituel.


Le Dragon peut les dresser à la verticale pour se laver. Aussi, lorsque le Dragon est en colère, il peut se gonfler et étirer ses écailles afin de paraître plus imposant pour l'adversaire. Soulever les écailles de cette façon est aussi un bon moyen de réduire la température corporelle du Dragon, car cela permet à la peau de relâcher la chaleur. Un passe-temps du Dragon est de soulever ses écailles et de plonger dans une piscine d'eau froide afin de permettre à l'eau de couler entre les écailles et sur sa peau sensible.


Les écailles grandissent avec le Dragon, ce qui fait qu’il n’a pas besoin de muer.






















Les organes internes





1 – Les naseaux. Organe olfactif du Dragon, il est très développé, ce qui lui permet de sentir la trace d’une odeur à plusieurs kilomètres.


2 – Les crocs. Arme naturelle du Dragon, ils sont fait d’email ou de chitine, de tailles pouvant aller de quelques centimètres à une trentaine pour les plus grands spécimens. Ce sont toutes des canines, le Dragon ne prenant pas la peine de mâcher sa nourriture. La puissance de sa mâchoire lui permet de broyer et trancher même le métal.


3 – Les yeux. La vue d’un Dragon est très puissante, comme chez de nombreux animaux volants. L’œil du Dragon a la particularité d’avoir deux cristallins, un de forme ovale, remplissant les fonctions du cristallin normal, et un autre derrière, permettant de polariser la lumière. Cela permet au Dragon de voir encore plus précisément à très longue distance et à faible lueur. C’est cette deuxième lentille qui fait que les yeux d’un Dragon brillent dans le noir.


4 – Le cerveau. De taille variable selon les races, le cerveau est différent de celui d’un Humain. Il est moins réactif, mais permet de conserver les informations bien plus longtemps. Ce qui donne au Dragon une excellente mémoire, mais une faculté de compréhension de nouveaux concepts plus lente qu’un Humain.


5 – Le larynx contient de nombreuses cordes vocales offrant aux Dragons une formidable capacité à varier les tons. Il peut ainsi produire des sons très aigus ou très graves selon le besoin. Le rugissement d’un Dragon furieux peut prendre de très nombreuses formes, d’un grondement sourd à un cri strident.


6 – La trachée sert de lien entre le Larynx et les poumons.


7 – Les énormes poumons occupent la plus grande partie de la cavité du poitrail. Leur structure permet d’extraire l’oxygène autant lors de l’inhalation que de l’exhalation.


8 – Le draconae, organe unique et complexe que seuls possèdent les Dragons, est énormément fourni en sang. Il est le premier centre digestif, qui extrait le méthane des aliments pour le mélanger à du phosphore. Le mélange ainsi crée est un liquide extrêmement volatil qui s’enflamme au contact de l’air. Le combustible y est stocké en attendant d’être propulsé par réaction nerveuse.


9 – Le cœur est composé de quatre chambres comme le cœur des mammifères.


10 – L’estomac reçoit les aliments prédigérés par le draconae et agit comme centre digestif standard.


11 – Les pattes postérieures sont utilisées comme pattes motrices, servant de point d’appui pour l’envol ou la course. Les griffes qui s’y trouvent sont plus utilisées pour accrocher que pour trancher. Elles sont donc aussi pointues mais bien moins coupantes que les griffes des pattes antérieures.


12 – La queue du Dragon peut avoir de nombreuses fonctions selon le besoin. Elle peut remplir le rôle de fouet, de gouvernail pour le vol ou de centre d’équilibre. Elle est parcourue de muscles avec des os très souples et fins, ce qui la rend complètement amovible et flexible.


13 – Les pattes antérieures sont des points d’appuis mais également un outil de manipulation ou de combat. Les griffes des pattes antérieures sont tranchantes et pointues, et plus solides que le métal. La patte peut exercer des mouvements agiles et précis, mais les longues griffes empêchent toute manipulation d’objet de taille moyenne.


14 – Les ailes des Dragons varient beaucoup en forme et en matière selon leur morphologie et leur origine. Elles peuvent être composées de cuir ou de membrane. Leur résistance varie beaucoup aussi. Cependant une aile blessée met toujours très longtemps à guérir quel que soit le Dragon.



Le squelette



Squelette du Dragon



Le Dragon possède un squelette massif et robuste. Les os sont solides et légers, servant à soutenir une masse et une puissance musculaire importante. Le Dragon peut disloquer sa mâchoire, comme certains serpents sont capables de le faire, afin d'attraper de gros objets. Les os des épaules sont larges afin de supporter les muscles des ailes servant au vol. Les os des "doigts" d'ailes sont très longs afin de soutenir la légère membrane de peau autour d'eux.



Déplacement, le vol



Les Dragons se déplacent généralement à quatre pattes, ils sont lourds et peu agiles ce qui se ressent dans leur déplacement (5 à 10 km/h). Ils peuvent néanmoins courir sur de courtes distances à une vitesse humaine (25 km/h sur quelques centaines de mètres).


L’autre moyen de déplacement des Dragons qui leur permet de parcourir de bien plus grandes distances est le vol. Cependant ce vol n’a que peu à voir désormais avec leurs ailes, certes celles-ci leur servent toujours éventuellement à se diriger et à planer légèrement mais c’est bien plus leur maîtrise du Wyrd qui leur permet de mouvoir leur immense masse dans le ciel. C'est pourquoi même les rares Dragons sans ailes peuvent voler.



La mort, la guérison, la volonté



Un Dragon est immortel au sens temporel du terme. Ils ont de plus grâce au Wyrd développé une capacité de régénération impressionnante avoisinant presque la résurrection. Lors d’une mort, qu’elle qu’en soit la raison, l’essence corporelle d’un Dragon se dissout. Il use ensuite de son pouvoir pour la recréer ailleurs généralement dans un endroit ou il peut se repérer et ou il se sent en sécurité.


Cependant si cette opération lui sauve la vie elle demande l’ensemble de la volonté du Dragon, il est même avéré que plus cette volonté est forte à l’instant de la mort et plus le Dragon arrive à se soigner en ressuscitant.


D’une même façon on imagine que les capacités de régénération hors du commun des Dragons sont liées à ce pouvoir. En effet les Dragons se soignent seuls, leur blessures se referment, leur os se ressoudent, leurs dents repoussent, leurs écailles sont reformées et ce à une vitesse incomparable devant toute autre espèce animale.

Ces capacités de résurrection et de régénération sont semble-t-il liées à la volonté.


De même les Dragons sont immortels pour peu qu’ils aient la volonté de vivre, une fois l’age adulte atteint leur corps subit peu les affres du temps, leur décadence ne commence réellement qu’une fois que la vie perd de son attrait à leurs yeux. Ainsi on imagine que chaque cicatrice qu’ils veulent voir disparaître disparaîtra avec le temps.



La communication



Les Dragons pour communiquer n’ont pas besoin d’émettre de sons. Même si ils le font souvent pour exprimer leur force ou leur colère ils utilisent en fait le Wyrd pour communiquer entre eux.


Les Humains ne peuvent donc les comprendre et la communication entre les deux espèces s’avère impossible.


Seuls les Défendeurs, grâce à l’Héritage, comprennent le langage des Dragons en captant les variations du Wyrd, ils peuvent donc servir d’interprètes.



Le Wyrd



Les Dragons ont un rapport au Wyrd très étroit et s'en servent dans la vie au quotidien. Du fait de leur position à 4 pattes, les Dragons n'ont pas de "main" libre. Quand ils sont assis, ils peuvent avoir les avant-bras libres et éventuellement utiliser leurs pattes avant pour manipuler des objets. Mais un Dragon n'a pas l'adresse manuelle d'un Humain, et préférera utiliser le Wyrd pour déplacer ou utiliser des objets.


Le Dragon moyen sera par exemple capable, en utilisant le Wyrd, de régénérer des petites blessures, d'accélérer la croissance des plantes, de renforcer la dureté de ses écailles, ou de lancer des boules d'énergie sur ses ennemis.



Sociologie



Les Dragons d’Eljeserah sont très proches des Humains dans leur construction mentale et psychologique avec cependant des points de différenciation notables. L’altérité sexuelle n’est pas aussi marquée, en effet les Dragonnes n’ont rien à envier aux Dragons sur le plan de la puissance physique.


De plus les sociétés draconiques se sont montées sur le modèle clanique et territorial.


Le modèle familial des Dragons est donc relativement différent de celui des Humains bien que cela puisse ne pas apparaître au premier abord. En effet l’échelle de temps des Dragons n’a rien à voir avec celle des Humains. Pour eux la vie est infinie et ce qui pour un homme représente l’œuvre ou la passion de toute une vie n’est pour un Dragon qu’un battement de cil.


Ainsi, les Dragons forment des couples et sont fidèles mais même s’ils restent ensemble pendant une vie humaine, le mariage et la promesse de fidélité éternelle n’est pas la norme.


L'élevage des enfants, durant l'Age d'Or, était l'affaire du groupe dans lequel vivaient les Dragons. Durant la Grande Guerre, les Dragonnets étaient élevés dès le plus jeune age pour défendre leur camp, pratique particulièrement marquée chez les Maudéans.


Aujourd'hui, les pratiques se font plus libres, et varient fortement d'un Dragon à l'autre.